Une chronique qui s’adresse aux émotions pour démêler certaines de vos questions sur le sexe, les relations, le corps et l‘intimité

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Comment gérer les (différentes) attentes dans nos relations ?

Nos ami·es attendent du soutien ou qu’on leur consacre davantage de notre temps. Les partenaires sexuel·les attendent des contacts physiques. Nos partenaires romantiques attendent que nous les réconfortions davantage. Les collègues de travail attendent plus de compréhension. Et nous attendons de nous-mêmes un orgasme. Il existe de nombreuses sortes et qualités d’attentes différentes – et, parfois, elles nous mettent une pression considérable. De plus, nous nous mettons nous-mêmes la pression parce que nous voulons aussi satisfaire (certaines) attentes. Ici, nous ne proposons pas de solutions universelles (you know it). Mais voici quelques questions à te poser si tu es plus ou moins stressé·e par les attentes, les désirs et les besoins qui te sont adressés. 

Premièrement : quels sont les émotions et les besoins qui se cachent derrière ces attentes ?

Prends un peu de recul. Souvent, derrière les désirs et les attentes se cachent des émotions non identifiées, comme la frustration accumulée, la tristesse ou le manque de reconnaissance. Nomme ces émotions. Une fois que tu les as identifiées, passe à l’étape suivante : quels sont les besoins liés à ces émotions ? Par exemple : besoin de reconnaissance, de sécurité, de proximité, de distance, de ponctualité, d’honnêteté, de confiance, de clarté, etc. (Conseil : cherche en ligne des listes d’émotions et/ou de besoins dans le cadre de la communication non violente). La situation s’améliore bien souvent en adressant les émotions et les besoins de toustes, pour se sentir mieux vu·e et compris·e. Quand nous identifions clairement les émotions et les besoins, nous pouvons nous demander quels désirs concrets en découlent. (Conseil : cherchez également les quatre étapes de la communication non violente sur Google). Un désir n’est pas une attente. Un désir peut d’abord être entendu. Ensuite, vous pouvez discuter si et comment il peut être satisfait – ou non. Vous pouvez ainsi adapter vos attentes de manière plus réaliste. Des attentes réalistes réduisent la pression.

Deuxièmement : quelles sont nos stratégies de communication et de résolution des conflits ?

Il n’est pas rare de constater que nous avons des stratégies différentes pour gérer les conflits dans les relations – certaines personnes veulent par exemple renouer le contact en se disputant, tandis que d’autres perçoivent la dispute comme une menace et un motif de séparation. La manière dont nous traitons et communiquons nos processus internes peut également varier considérablement : certain·es ont besoin de verbaliser leurs pensées et leurs sentiments pour les/se remettre en perspective. D’autres doivent d’abord traiter elleux-mêmes leurs pensées/ressentis avant d’en parler (cherchez sur Google : internal and external processors). Il est alors important de trouver des stratégies communes de communication et de résolution. Par exemple, qu’il y ait pendant/après les conflits à la fois du temps pour gérer seul·e et pour échanger. Pour les relations intimes, il est par exemple utile d’écrire et de discuter des besoins en fonction de la situation ou de planifier des promenades régulières pour en parler. Si les mêmes thèmes reviennent sans cesse, une personne externe peut aider (comme la médiation, le conseil ou la thérapie) pour mettre en place des stratégies communes.

Troisièmement : les attentes doivent-elles être identiques ? 

De temps en temps, il suffit d’aborder les sujets difficiles et les différences. Mettre les sujets sur la table et voir comment cela les fait évoluer. Reconnaître que nous avons des perceptions, des stratégies et des attentes différentes. Supporter les différences et accompagner les lentes évolutions avec patience et confiance. 

Quatrièmement : d’où provient exactement la pression ? 

Les attentes me sont-elles plutôt imposées par les autres ? S’agit-il (aussi) de mes propres attentes ? Est-ce que différentes parties de moi attendent différentes choses de moi – que je ne peux peut-être pas satisfaire ? Est-ce que je tombe dans le piège de vouloir tout faire parfaitement ? Ces attentes cachent-elles des représentations sociales (normes) ? Comprendre d’où viennent les attentes nous permet d’évaluer plus facilement où elles se situent : quelles sont les attentes auxquelles nous voulons répondre ? Lesquelles voulons-nous laisser tomber ? Que signifie pour moi/nous être un·e bon·ne ami·e, un·e bon·ne collègue de travail ou un·e bon·ne partenaire ?

Cinquièmement : attendre et décevoir. 

Attendre peut signifier s’exercer à la patience (voir le point 3), mais attendre peut aussi signifier rester « coincé·e » passivement. De temps en temps, nous attendons quelque chose qui ne peut pas se réaliser sans notre intervention. Par exemple, lorsque nous nous sentons abandonné·e par un·e ami·e, sans dire ce que nous ressentons et que nous souhaiterions en fait plus de contact. Question : qu’est-ce que j’attends exactement ? Parfois, il n’est pas si mal (et douloureux) que les attentes soient déçues parce que nous savons que cela ne vaut pas la peine de continuer à attendre. Lorsque la déception se dissipe, quelque chose de précieux apparaît : la clarté.