Aimeriez-vous avoir un aperçu de la vie quotidienne dans les cliniques IST* du point de vue des professionnel.le.s de santé ? Allons-y !

Nous diagnostiquons, traitons et prévenons des maladies infectieuses telles que le VIH, la syphilis, le mpox et la chlamydiose. Nous sommes en contact avec des personnes d’horizons variés, mais les « hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes » (HARSAH) restent nos patient.e.s  les plus fidèles.

Le travail est varié et en constante évolution, avec l’apparition régulière de maladies, de traitements et d’outils de prévention. Nous devons nous adapter et mettre en œuvre des stratégies pour relever ces défis. Pourtant, certaines choses ne changent pas : le nombre de nouvelles infections par le VIH reste trop élevé, les préservatifs demeurent très efficaces pour prévenir les IST et les extractions chirurgicales de divers objets rectaux restent une réalité. Croyez-moi : le plug anal  commercial est bien meilleur !

Certaines maladies refont surface. La syphilis, par exemple, connaît une recrudescence après avoir quasiment disparu avant les années 2000. Elle est imaginative et versatile, s’adaptant à toutes les formes de rapports non protégés. Le mpox, lui aussi, adopte de nouvelles stratégies de propagation, mais la transmission reste essentiellement due aux contacts étroits avec la peau ou les muqueuses. Je soutiens la décision de l’OMS de renommer « monkeypox » en « mpox » afin de lutter contre toute forme de discrimination. La stigmatisation reste un frein majeur à la prévention et au traitement des IST.

Recruter des professionnel.le.s de santé pour ces cliniques est un défi, car le travail requiert une expertise technique, une ouverture d’esprit sur la sexualité et d’excellentes compétences en communication. Accompagner des victimes de violences sexuelles, par exemple, n’est jamais intuitif, et les soignant.e.s doivent continuellement apprendre les meilleures approches. De plus, la confidentialité et la discrétion sont primordiales dans notre domaine.

Sexualité, prévention et perception communautaire

En tant que professionnel.le.s de santé, nous recommandons systématiquement les préservatifs pour les rapports occasionnels. Nous avons parfois du mal à comprendre l’intérêt d’autres moyens comme la PrEP, surtout face à l’augmentation des IST telles que la gonorrhée, la chlamydiose et la syphilis. Maintenir un niveau élevé d’explications, de traitements et de traçage des contacts devient un défi face à l’augmentation du nombre de cas, ce qui peut conduire à une perception négative de la promiscuité.

En tant que membres de la communauté queer, nous devons défendre une perception positive des sexualités. Le sexe est une composante essentielle de la santé mentale et physique, une partie intégrante de nos identités, voire une forme d’expression artistique. Dans ce combat, n’oublions pas les travailleur.euses du sexe, qui font face à des obstacles supplémentaires dûs à la loi et à la stigmatisation.

Le VIH traité n’est peut-être plus mortel, et les IST bactériennes sont facilement soignables avec des antibiotiques, mais cela ne signifie pas que nous devons abandonner la lutte. Le mpox a causé des décès dans notre communauté en 2022, et le réseau global de relations sexuelles est un terreau fertile pour de futures épidémies.

Une approche communautaire pour la santé

Une communauté queer forte doit pouvoir définir ses propres règles et valeurs communes. En 2022, il a fallu que l’OMS intervienne pour recommander la réduction du nombre de partenaires sexuels afin d’endiguer l’épidémie de mpox. Pourquoi ne pas anticiper ces situations et prendre nous-mêmes ces décisions ?

Promouvoir une meilleure nétiquette sur les applications de rencontre serait un premier pas : considérer les utilisateur.ices comme des personnes réelles avec des émotions, favoriser la tolérance et la curiosité, et encourager une sexualité épanouie et respectueuse. Les comportements à haut risque, comme les rapports sans préservatif avec des partenaires multiples, doivent être abordés sous l’angle de la gestion des risques.

D’autres professions gèrent ces questions avec rigueur : dans l’aviation, la construction ou l’électricité, les équipements de protection, la formation et les protocoles sauvent des vies. Nous pourrions nous en inspirer pour relever les défis en matière de santé communautaire.

Enigme épidémiologique : la PrEP au Luxembourg

Pourquoi ne constatons-nous toujours pas d’impact significatif de la PrEP orale sur les nouvelles infections par le VIH au Luxembourg ? Les hypothèses sont nombreuses :

    • Est-il trop tôt pour observer des résultats ?
    • Est-elle utilisée dans les bonnes situations ?
    • La situation serait-elle pire sans la PrEP ?
    • Son accès est-il trop compliqué ?
    • La PrEP injectable pourrait-elle changer la donne ?

Dites-moi comment vous résoudrez ces contradictions.

Conclusion : Passons à l'action

Nous pouvons façonner notre avenir. Pourquoi attendre que l’éducation nationale enseigne la diversité des genres ou la prévention des IST ? Faisons-le nous-mêmes. Pourquoi tolérer des messages de prévention inefficaces sur Grindr ? Boycottons et trouvons des alternatives.

Comme l’écrivait Anna T dans queer.lu au printemps 2024 : « Promiscuité queer : Libératrice ou entravante ? »

Les libertés s’accompagnent de responsabilités. Il n’existe pas de réponses simples, mais les discussions en valent la peine. Construisons ensemble une communauté queer solidaire, capable de définir des valeurs communes et d’assurer un avenir plus sûr pour les générations à venir.

*Cliniques IST : centres de santé pour les infections sexuellement transmissibles (IST) : 

  1. CHL, Centre Hospitalier de Luxembourg (dépistage et traitement) www.chl.lu/fr/service/maladies-infectieuses
  2. Croix-Rouge, HIV-Berodung DIMPS (cliniques mobiles et dépistage) https://www.croix-rouge.lu/fr/service/hiv-berodung/dimps/
  3. Planning familial (prévention, dépistage et traitement) https://pfl.lu/nos-centres/luxembourg/
  4. Une nouvelle clinique au Centre LGBTIQ+ Cigale est également en projet.

Si vous êtes intéressé.e par l’épidémiologie du VIH et les actions de santé communautaire au Luxembourg, consultez le « Rapport du comité HIV 2023 » https://sante.public.lu/fr/publications/h/hiv-rapport-2024.html