Après de nombreuses aventures, l’histoire se termine enfin. La princesse épouse le prince et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, comme toutes les autres princesses et tous les autres princes avant elleux, et tous·tes celleux qui suivront. En tant que communauté queer, nous nous opposons depuis longtemps à cette exclusivité et nous progressons de manière significative vers un monde où la princesse peut vivre heureuse pour toujours avec une autre princesse. Il s’agit d’une avancée importante qui mérite d’être célébrée.

Après de nombreuses aventures, l’histoire se termine enfin. La princesse épouse le prince et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, comme toutes les autres princesses et tous les autres princes avant elleux, et tous·tes celleux qui suivront. En tant que communauté queer, nous nous opposons depuis longtemps à cette exclusivité et nous progressons de manière significative vers un monde où la princesse peut vivre heureuse pour toujours avec une autre princesse. Il s’agit d’une avancée importante qui mérite d’être célébrée.

Mais qu’en est-il du prince qui est heureux d’être célibataire et qui veut le rester ?

Eh bien, il y a de fortes chances :

    1. qu’il soit méchant. Le fait de ne pas pouvoir aimer, c’est-à-dire d’être incapable d’éprouver de l’amour romantique, est souvent utilisé comme marqueur de vilenie ;
    2. qu’il trouve un·e partenaire dans le prochain film. Ou dans le reboot. Ou au moins dans les fanfictions ;
    3. que, même s’il parvient à éviter tout ce qui précède, son mode de vie ne soit jamais considéré comme un signe d’appartenance à la communauté queer. Si vous suggérez le contraire, vous vous ferez engueuler dans la section des commentaires, à la fois par les personnes contrariées par le fait que vous puissiez insinuer que leur héros bien-aimé pourrait être tout sauf hétérosexuel, et par les personnes contrariées par le fait qu’il n’ait pas embrassé à l’écran son meilleur ami, le sorcier.

J’ai passé près d’une décennie en ligne, dans les sphères du fandom. Croyez-moi, j’ai vu tout cela se produire un nombre incalculable de fois.

J’ai également passé une décennie plus ou moins active dans les cercles asexuels et aromantiques. Pendant cette période, nous sommes passé·es d’une représentation quasi inexistante à une représentation au moins partielle dans les médias grand public. Les artistes et les auteur·rices indépendant·es ont une longueur d’avance en ce qui concerne les histoires asexuelles et aromantiques, tout comme iels ont une longueur d’avance en ce qui concerne toutes les autres formes de représentation. Mais leur portée est limitée et, malheureusement, nous dépendons toujours de productions mainstream pour amplifier ces histoires.

Qu’est-ce que l’asexualité ? Et qu’en est-il de l’aromantisme ? Pour simplifier à l’extrême : l’asexualité désigne le fait de ressentir peu ou pas d’attirance sexuelle, tandis que l’aromantisme désigne le fait de ressentir peu ou pas d’attirance romantique.

Le spectre est plus large qu’il n’y paraît. Tout d’abord, ces deux identités sont distinctes. On peut être sexuellement attiré·e par quelqu’un·e sans être amoureux·se, il suffit de penser à quelqu’un·e qui vit une relation heureuse et qui aperçoit une personne séduisante dans la rue. De même, il est tout à fait possible d’être asexuel·le, mais pas aromantique, aromantique, mais pas asexuel·le, les deux, ou aucun des deux. Toutes ces réalités s’accompagnent d’un ensemble de difficultés et de défis qui leur sont propres.

Mais le spectre est encore plus large en fonction des différentes attitudes à l’égard de la sexualité et du romantisme. Il peut aller de « J’adore ça, j’adore regarder ça, donnez-moi toutes les comédies romantiques » à « Mon Dieu, gardez ça loin de moi, s’il vous plaît ! » À noter également : l’attirance sexuelle n’est pas la même chose que l’activité sexuelle ou la libido. Certaines personnes asexuelles aiment le porno. D’autres non. Classer les membres de ces deux camps dans le même groupe et essayer de les décrire avec le même post Instagram visuellement attrayant a provoqué des conflits étranges au sein du groupe, et en provoquera encore. Le même effet est produit en nous donnant seulement un personnage auquel nous pouvons nous identifier et en espérant que ce personnage sera tout pour tout le monde : c’est tout simplement impossible.

Qu’en est-il de la représentation dans les médias ? On pourrait s’attendre à ce qu’une telle diversité d’expériences inspire une variété tout aussi riche d’histoires. Vous vous trompez.

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à ce sujet il y a dix ans, la représentation était inexistante. Depuis, la situation s’est lentement améliorée, mais elle est encore loin de ce qu’elle devrait être. Personnellement, cela me rappelle la place qu’occupaient les personnages gays et lesbiens jusqu’à récemment : iels étaient plutôt rares, et lorsqu’iels apparaissent, ce n’est jamais en tant que protagonistes, mais en tant que personnages secondaires, et leur histoire tourne généralement autour du concept d’asexualité et de l’acceptation de ce concept. Quant à l’aromantisme, il n’est généralement jamais mentionné. Les personnages, s’iels utilisent ce terme, disent qu’iels sont asexuel·les, alors qu’en réalité, iels veulent dire asexuel·les et aromantiques.

Et maintenant, que faire ? Comme pour toute représentation des minorités, nous ne pouvons pas compter sur Hollywood pour montrer la voie. Iels ne produisent que ce qu’iels considèrent comme financièrement rentable, et même dans ce cas, iels l’édulcorent autant que possible pour éviter les réactions négatives des téléspectateur·ices conservateur·rices. Même si le climat politique actuel favorise l

Comme pour toute représentation minoritaire, nous ne pouvons pas compter sur Hollywood pour montrer la voie.

Ce que nous avons, et que nous avons toujours eu, ce sont des artistes queer, généralement auto-publié·es, qui font entendre leur voix sur tous les supports. Il y a dix ans, la première représentation asexuelle explicite que j’ai vue figurait dans un webcomic (il s’appelait Heartless et parlait de vampires, si vous vous posez la question). Depuis, je suis passée à autre chose, je me suis remise à lire des romans et je continue d’être surprise par l’incroyable diversité de ces histoires (je n’arrête pas de citer les œuvres de Robin Banks, pour leurs excellentes histoires de personnes asexuelles, trans et neurodivergentes, mais j’ai l’impression que TJ Klune fera également partie de cette liste pour sa fantaisie asexuelle, quand j’aurai enfin le temps de lire d’autres de ses livres). Je sais, bien sûr, que les webcomics continuent d’être une source extraordinaire de voix diverses, tout comme les podcasts de fiction. Malheureusement, il faut chercher un peu, mais croyez-moi, cela en vaut largement la peine.

Soutenez ces petit·es créateur·rices, pour toutes les minorités qui pourraient vous intéresser. Je vous suggère également de rechercher des histoires de personnages asexuels et aromantiques en particulier, juste pour savoir qu’iels existent. Sur tous les réseaux sociaux, vous pouvez trouver des personnes vraiment extraordinaires qui rassemblent des archives et des listes de recommandations. Et enfin : si vous tombez inopinément sur ce prince heureux et célibataire, pensez qu’il n’est peut-être pas célibataire par coïncidence, mais parce qu’il est, en fait, l’un d’entre nous. Tout aussi queer que s’il était marié à son ami sorcier, avec une histoire tout aussi digne d’être racontée.