Toc, toc, toc… À une cinquantaine de mètres d’un passage piéton peint aux couleurs de l’arc-en-ciel, l’équipe du Rainbow Center Luxembourg atteint l’imposante porte en bois d’un bâtiment historique de Liège. Sa façade gris ardoise et ses grandes fenêtres peuvent sembler écrasantes au premier abord, mais les drapeaux arc-en-ciel et trans nous rappellent bien vite où nous sommes : à la Maison Arc-en-Ciel de Liège.

Alors que nous nous apprêtons à toquer une seconde fois, la porte s’ouvre en grand, et un homme charmant sort de la bâtisse : « Salut, moi c’est Marvin Desaive, coordinateur de la Maison Arc-en-Ciel », nous dit-il, alors qu’il procède à l’incontournable rituel de salutation belge : une bise sur la joue.

Nous avons voyagé jusqu’à Liège pour rencontrer nos semblables, échanger des idées et en apprendre plus sur le fonctionnement d’organisations aux missions similaires à la nôtre : leurs succès, leurs échecs, les problématiques auxquelles elles font face, et comment nous pourrions nous soutenir mutuellement.

Marvin nous conduit à l’intérieur, nous menant à la salle d’exposition de la Maison. Elle consiste en deux pièces hautes de plafond reliées entre elles, dans lesquelles sont exposés les dessins d’artistes queers locaux. « Tous les mois, un nouveau ou une nouvelle artiste peut avoir la possibilité d’exposer son travail ici », nous explique Marvin, tout en nous guidant vers le bar situé sur le côté droit de la pièce afin de nous offrir un café. Tout comme au Rainbow Center du Luxembourg, les expositions sont la pierre angulaire de leur programme. Cependant, la présence d’un bar indique que leurs missions s’étendent au-delà de celles d’un centre culturel. René (l’un de nos collègues) le sait déjà, puisqu’il s’est rendu à la garden-party annuelle de l’an passé.

La garden-party, l’activité préférée de Marvin, est organisée tous les ans au mois de septembre dans l’arrière-cour de la Maison Arc-en-Ciel. « C’est vraiment une soirée magique », nous dit Marvin. « Son but principal est d’apprécier la diversité. Durant cette soirée, tous les membres de la communauté se rejoignent ». L’événement inclut des DJs, des performances drag, et même des stands de maquillage pour que les invités et invitées puissent ajouter un peu de paillettes à la soirée. « Ici, à Liège, on adore faire la fête », nous glisse Marvin avec un clin d’œil. On acquiesce toustes en cœur, comme pour signifier à Marvin que pour nous aussi, une bonne fête, c’est sacré. Au Luxembourg, il ne reste qu’un seul bar ouvertement queer.

En plus de leurs offres culturelles et sociales, la Maison propose également les services de travailleurs sociaux et travailleuses sociales, qui servent de premier point de contact pour les individus cherchant à être guidés sur des problématiques queers. Tout comme au Centre LGBTIQ+ CIGALE au Luxembourg, l’équipe propose des rendez-vous en tête-à-tête, des ressources et des contacts dans la communauté pour les personnes de tous âges.

Travailler pour une organisation possédant un historique où le soutien communautaire est important est quelque chose de fondamental pour Marvin. Les origines de la Maison Arc-en-Ciel remontent à 1995, lorsque des élèves de l’université de Liège ont créé le Cercle Homosexuel Étudiant Liégeois (CHEL), inspiré par une association étudiante similaire fondée en 1981 au sein de l’Université libre de Bruxelles.

Le Cercle étant alors exclusivement réservé aux personnes de moins de trente ans, d’anciens élèves du CHEL ont créé Alliàge en 1997 afin d’intégrer d’autres membres plus âgés et âgées. Au fil des années, Alliàge a pris de plus en plus d’importance, jusqu’à occuper des locaux physiques en 2004, devenant la Maison Arc-en-Ciel, qui précède donc la création du Rainbow Center, centre de culture queer luxembourgeois, de presque vingt ans. Aujourd’hui, l’organisation se nomme Maison Arc-en-Ciel de Liège – Alliàge asbl, tandis que le CHEL a évolué pour devenir le Cercle Arc-en-ciel Liégeois (CALi), qui est dédié aux jeunes.

Depuis leur création, certaines difficultés ont été rencontrées : « Nous devons être en capacité d’accueillir tout le monde, que ce soit des habitants et habitantes de Liège ou d’ailleurs, et pour ce faire, il est important pour nous de rester neutre », insiste Marvin. Créée par la municipalité, la Maison Arc-en-Ciel coexiste avec des collectifs activistes liégeois et queers plus politisés. « Bien que nous ayons l’objectif de tisser des liens avec ces collectifs, ça peut parfois s’avérer délicat. On a fait face à beaucoup de commentaires négatifs sur les réseaux sociaux. Rassembler les gens tout en voulant maintenir une certaine neutralité n’est pas toujours facile. »

Cela fait écho à une situation similaire au Luxembourg, lorsque le collectif d’artistes Richtung22 a dévoilé ses inquiétudes de pinkwashing concernant l’organisation de la Pride de 2023 dans la ville de Esch, dans une pièce de théâtre intitulée Mis(s) Representation. Alors que cet incident a souligné les divisions entre l’organisation LGBTQIA+ nationale et des groupes queers plus intransigeants, cela a aussi montré le besoin de partager les critiques constructives, et de maintenir un paysage de représentations queers varié et sain, où toutes les voix sont importantes.

Alors que nous nous préparons à partir, Marvin nous rappelle l’existence de l’hymne de la Maison Arc-en-Ciel : « Pink Pony Club », de Chapell Roan. Ses paroles sonnent comme une parfaite note de fin : “And I heard that there’s a special place; Where boys and girls can all be queens every single day.” [Et j’ai entendu parler d’un endroit spécial; Où tous les jours, les garçons et les filles peuvent toustes être des queens]. Même si nous ne voulons pas tous les jours être des queens, on mérite toustes cet endroit spécial où nous pouvons être qui nous voulons. Et la Maison Arc-en-Ciel est l’un de ces endroits. Si vous venez leur rendre visite, souvenez-vous de les saluer chaleureusement pour nous, et n’oubliez pas la bise !