Amsterdam · IHLIA

Visite des plus grandes archives LGBTQ+ d’Europe

Par une journée fraîche et ensoleillée — avec cette lueur automnale que l’on ne trouve qu’à Amsterdam —, je me suis rendue au Centre international d’information et d’archives gay et lesbiennes (IHLIA). Les plus grandes archives LGBTQ+ d’Europe se trouvent au sein de la deuxième plus grande bibliothèque publique du continent, et l’idée de passer mon après-midi entourée de livres me séduisait beaucoup.

J’y suis allée en métro – ce qui, je l’admets, va à l’encontre de l’image d’Amsterdam comme paradis du vélo. Mais je redoutais de devoir pédaler cinquante minutes dans un vent glacial. Le trajet s’est finalement avéré magnifique : le soleil me réchauffait le visage tandis que je m’installais dans un métro presque vide, un luxe rare dans cette ville.

Quelques jours plus tôt, j’avais envoyé un e-mail à un membre du personnel de l’IHLIA pour demander l’accès à des documents, en particulier ceux liés au Luxembourg. Après avoir effectué une recherche dans leur catalogue en ligne avec le mot-clé « Luxembourg", j’ai envoyé ma liste et j’ai eu la chance d’obtenir un rendez-vous la même semaine.

En route vers les archives IHLIA à Amsterdam
© queer.lu

La promenade de la station de métro Centraal jusqu’aux archives longe de larges trottoirs au bord d’un vaste canal, en passant devant le célèbre restaurant chinois flottant. J’ai passé mes neuf minutes de marche (selon Google Maps) à plisser les yeux pour regarder l’eau, refusant obstinément de détourner mon regard des reflets brillants du soleil sur les ondulations du canal, causées par les différents bateaux transportant des touristes à travers la ville. Autant Amsterdam est connue pour son tourisme et ses coffeeshops, autant on parle rarement de la façon dont l’eau s’approprie la ville, l’entourant à chaque coin de rue.

J’ai fini par atteindre la bibliothèque publique d’Amsterdam (OBA), impossible à manquer tant elle est imposante. J’ai pris l’escalator jusqu’au troisième étage, où se trouvent, tout au fond, le bureau d’information de l’IHLIA, la collection de livres et l’espace d’exposition. Thea, lea responsable du service d’information à qui j’avais envoyé un e-mail, m’a accueillie chaleureusement et m’a invitée à m’asseoir à côté d’iel. Iel m’a remis les documents que j’avais demandés : un numéro de 1989 de la publication autrichienne Lesbenrundbrief contenant un article sur la scène lesbienne au Luxembourg ; une brochure d’information de 2020 de l’association Intersex and Transgender Luxembourg ASBL (ITGL) ; et, parce que je n’ai pas pu résister, un exemplaire de la deuxième édition de La Chambre de Giovanni — non pas qu’il ait un rapport avec le Luxembourg, mais simplement parce que c’est l’un de mes livres préférés. Les autres articles que j’avais demandés ne pouvaient être consultés qu’en version numérique : un badge de la Pride de 2022 au Luxembourg, un badge du Rainbow Center, un emballage de préservatif « Think Quality !" de 2023 et une affiche Schneewittchen du collectif Spackelter.

Documents d'archives à l'IHLIA
© queer.lu

Je suis restée assise là pendant une demi-heure, à côté de Thea, à lire l’article « Die gegenwärtige Situation in Luxemburg" (« La situation actuelle au Luxembourg") tiré de Lesbenrundbrief, me replongeant dans une époque où la vie queer au Luxembourg était cachée. La nature secrète et silencieuse des identités queer, enfouies sous les rôles de genre et les emplois bancaires. J’ai essayé d’imaginer un Luxembourg sans la joie, la résistance et l’amour queer, et j’ai ressenti une profonde douleur, mais aussi une intense gratitude et fierté de voir à quel point ce n’est plus le cas aujourd’hui. queer.lu en est le témoignage concret.

Les étagères en face du bureau d’information contiennent les publications les plus populaires et les plus récentes de l’IHLIA. Je les ai parcourues, frustrée seulement par les règles de conservation qui interdisent l’emprunt, mais reconnaissante de pouvoir m’asseoir et lire sur place. Quelques titres qui ont attiré mon attention : Queering Bathrooms de Cavanagh, No Modernism without Lesbians de Souhami, Manifestations of Queerness in Video Games de Pelurson, et The T in LGBT de Raines.

Après avoir parcouru les dernières étagères, je me suis dirigée vers l’exposition actuelle, créée en collaboration avec Roze Reuzen (Pink Giants). Le podcast, qui en est à sa deuxième saison, est produit par l’IHLIA, Van Gisteren, le magazine Winq et la plateforme With Pride. Il met en lumière des militant·e·s LGBTQ+ néerlandais·e·s et leurs vies à lutter pour faire entendre la voix de la communauté. Pour célébrer cette nouvelle saison, Roze Reuzen et l’IHLIA ont sélectionné des documents d’archives retraçant le parcours de ces militant·e·s au fil des décennies. Derrière les vitrines, j’ai découvert Glenn Helberg, Thomas Wormgoor et Miriam van der Have, Ruud Douma (également connu sous le nom de Dolly Bellefleur) et Anne Krul, qui ont toustes façonné le mouvement à leur manière. Les œuvres de James Baldwin, Audre Lorde, du collectif Strange Fruit et d’autres tissent l’exposition en une tapisserie d’activisme intergénérationnel et plein d’espoir.

Exposition à l'IHLIA avec vue sur les canaux d'Amsterdam
© queer.lu

Pendant tout ce temps, depuis les fenêtres, les canaux d’Amsterdam scintillaient en contrebas. Découvrir cette exposition sur la résilience queer tout en étant baignée par la lumière réfléchie par l’eau qui m’a tenu compagnie tout l’après-midi a rendu cette expérience encore plus émouvante.

Une citation tirée d’une page ouverte de I Am Not Your Negro de Baldwin, exposée dans l’une des vitrines, m’a marquée en partant — un résumé parfait de ce que ces archives représentent, et continueront de représenter, pour une communauté qui lutte encore contre l’effacement, mais qui revient plus forte et plus ferme dans ses principes et ses valeurs.

L’histoire n’est pas le passé.
C’est le présent.
Nous portons notre histoire avec nous.
Nous sommes notre histoire. James Baldwin · I Am Not Your Negro
Les archives — en particulier celles de la communauté queer — ne sont pas de simples entrepôts. Elles sont les traces de celleux qui ont refusé d’abandonner le combat. Elles sont la connaissance. Elles sont la survie. Elles crient : « Nous avons toujours été là, nous sommes là, nous resterons là pour toujours." Elles sont la mémoire. Elles sont le passé et le présent — elles sont l’avenir.