Vivre mieux chez ses parents

Hello Kelly! My parents are quite open-minded and supportive of me being queer (I live at home, I am in my early 20s). Nevertheless, I experience micro-aggressions from them and do not really know how to deal with this. I know that they will block when I start explaining to them why their behavior and their opinions hurt me – do you have any tips on how to educate them, or how to make my home more of a safe space for me?
Merci pour ta question ouverte et sincère ! C’est agréable de lire que tes parents te soutiennent globalement. Mais cela ne signifie malheureusement pas automatiquement que tout se passe sans heurts. De nombreuses personnes queer vivent ce déchirement dans leurs relations avec les membres de leur famille : de l’attention d’un côté, et de l’autre, des petites remarques, des questions déplacées ou des idées reçues stéréotypées. C’est justement lorsque la relation est en réalité bonne que ces situations peuvent sembler déroutantes.
1.Que sont les microagressions ?
Les microagressions sont des remarques, des comportements quotidiens et des réactions inconscientes qui sont dénigrants ou discriminatoires – souvent sans ce qu’on appelle une « mauvaise intention". Le terme « micro" ne signifie pas qu’elles sont inoffensives. Il indique qu’elles se manifestent souvent de manière subtile : remarques en passant, blagues ou « compliments", expressions faciales étranges, idées préconçues, comportements rigides ou petits dépassements de limites. Les microagressions s’accumulent et leur répétition constante au quotidien entraîne du stress et une souffrance psychologique. Les microagressions varient selon la forme de discrimination – celles à l’encontre des personnes queer diffèrent également. Par exemple :
« Tu n’as tout simplement pas encore rencontré la bonne personne" à l’égard de personnes asexuelles ou aromantiques.
« Tu dois vraiment le montrer aussi ouvertement ?", « C’est peut-être juste une phase", « Dommage, tu es si jolie" ou « Ça ne se voit pas du tout chez toi" à l’égard de personnes homo-, bi- ou pansexuelles.
À l’égard des personnes trans et/ou non binaires, il s’agit souvent de pronoms ou de noms erronés, de questions sur le corps ou de commentaires tels que « Je n’arrive pas à m’y habituer."
Souvent, cela cache de l’insécurité, de la honte, de l’ignorance ou des normes sociales acquises. Cela ne rend toutefois pas ces propos inoffensifs, car leur répétition peut faire en sorte que l’on se sente moins en sécurité chez soi.
2.Que peux-tu faire pour toi-même ?
Je trouve ça génial que tu aies pris conscience que tu ne veux pas ou ne peux pas mener toutes les discussions. Beaucoup de personnes queer se retrouvent dans le rôle de devoir expliquer, se justifier ou réagir de manière « pédagogique". Sois très attentif·ive à tes limites : en effet, tu es lea seul·le à pouvoir les définir, et elles ne fonctionnent que si tu es capable de les faire respecter. Tu ne peux pas forcer tes parents à ne plus jamais tenir de propos blessants. Mais tu peux décider comment tu souhaites réagir et dans quelles situations tu préfères t’en aller. Exprime aussi clairement que possible ce qui est acceptable pour toi et ce qui ne l’est pas. Par exemple :
« Je ne souhaite pas parler de ma vie amoureuse pour le moment."
« Si vous faites ce genre de blagues, je quitterai la pièce."
« Je ne discute pas de mon identité."
Crée-toi également (davantage) de petits espaces sûrs, chez toi et à l’extérieur. Cela peut être une chambre à toi, du temps seul·e, des ami·e·s queer, des communautés en ligne ou un accompagnement psychologique (voir l’encadré ci-dessous). Des lieux où tu n’as pas à te justifier. Et des lieux où tu peux également renforcer la relation que tu entretiens avec toi-même en prenant soin de toi et grâce à tes loisirs et à tes propres centres d’intérêt. Malheureusement, les changements dans les dynamiques familiales sont souvent un processus de longue haleine. Il est donc particulièrement important de bien prendre soin de toi.

CIGALE. Le centre LGBTQI+ propose des consultations (psychologiques) et un accompagnement aux personnes queer.
Familljen-Center. Le Familljen-Center propose des consultations pour faire face à des situations difficiles au sein de la famille ou avec celle-ci. Il accorde une attention particulière aux personnes queer, c’est pourquoi celles-ci sont prioritaires sur la liste d’attente.
Des consultations familiales (par exemple avec les parents) peuvent être suivies, notamment chez Pro Familia ou à l’AFP Solidarité famille a.s.b.l. Leur maîtrise des questions liées à la communauté queer et aux microagressions dépend probablement du ou de la conseiller·ère concerné·e.
Le groupe de parents ITGL (Intersex & Transgender Luxembourg) offre aux parents d’enfants trans, intersexes et non binaires un espace protégé pour échanger leurs expériences et bénéficier de conseils. Les réunions ont lieu alternativement en ligne et en présentiel. Vous trouverez des informations sur ce groupe de parents sur le site web du centre d’accompagnement et d’information dédié aux questions trans, intersexes et non binaires : www.caitia.de
3.Que peux-tu faire avec tes parents ?
Si tu as le sentiment que tes parents sont globalement disposés à apprendre, il peut être utile de ne pas aborder le sujet uniquement au moment d’un conflit. Beaucoup de personnes se mettent sur la défensive lorsqu’elles entendent : « Ça m’a blessé·e." Un moment de calme fonctionne souvent mieux qu’une discussion juste après un dépassement de limites. Au lieu de dire « C’était homophobe", tu pourrais plutôt essayer : « Je sais que vous m’aimez. C’est justement pour ça que je voudrais vous expliquer pourquoi certains commentaires me touchent."
Tu peux peut-être essayer d’écouter, de regarder ou de partager avec eux des contenus concrets : de courtes vidéos, des films ou des séries, des témoignages de personnes queer dans des podcasts, des vidéos ou des articles. Parfois, les gens acceptent plus facilement les choses lorsqu’ils les entendent de la part de tiers. Si tes parents utilisent les réseaux sociaux, tu pourrais leur transmettre des contenus qui abordent les thèmes queer de manière calme et compréhensible. Peut-être y a-t-il certains médias ou créateur·rice·s qui toucheront davantage tes parents qu’une discussion pleine d’émotion autour de la table de la cuisine. Ou peut-être y a-t-il des proches, des ami·e·s ou d’autres personnes de confiance qui savent bien expliquer les questions liées à la communauté queer et face auxquel·le·s tes parents se montreront moins sur la défensive. Si la situation pèse sur vous tous, une thérapie familiale (voir encadré ci-dessus) pourrait s’avérer utile pour améliorer la communication.
4.Que peuvent faire tes parents pour toi ?
D’après ta description, tes parents ne semblent pas être des personnes qui veulent te blesser intentionnellement. Ils donnent plutôt l’impression d’être des personnes qui ont encore des choses à apprendre. Voici quelques compétences utiles :
- écouter sans se mettre immédiatement sur la défensive ;
- reconnaître ses erreurs ;
- apprendre et s’exercer activement à utiliser les pronoms ou les termes appropriés ;
- corriger les personnes qui utilisent des termes inappropriés ou font des commentaires déplacés ;
- réagir avec curiosité plutôt qu’avec un jugement ;
- prendre en main leur propre formation continue.
À propos de formation continue : on dirait que tes parents connaissent déjà les bases de la culture queer. Si ce n’était pas le cas, l’une de ces ressources pourrait peut-être t’être utile :
- Une vidéo explicative de 3 minutes sur la diversité de genre et sexuelle, réalisée par Dissens (Institut pour la formation et la recherche) : interventionen.dissens.de/materialien/erklaerfilm.
- Une brochure en langage simplifié intitulée « Femme. Homme. Et bien plus encore", que tu peux télécharger : undnochvielmehr.com/download.
- Pour approfondir : la bande dessinée Queer theory. Une histoire graphique de Jules Scheele et Meg-John Barker, aux éditions La Découverte. Il existe également deux autres bandes dessinées sur le genre et la sexualité réalisées par ces mêmes auteurs.
Parfois, une thérapie individuelle ou un accompagnement psychologique peuvent s’avérer utiles pour les parents – en particulier s’ils sont en proie à des incertitudes, à de l’angoisse ou à des idées reçues qu’ils n’ont jamais remises en question. Ce n’est pas à toi d’accompagner seul·e leur processus d’apprentissage.
J’espère que tu as trouvé parmi ces conseils une ou deux choses adaptées à ta situation et qui te seront utiles !

Kelly
